SSE #126: Fondements physiologiques de l'entraînement de résistance à la fatigue chez les joueurs de soccer professionnels

Magni Mohr and F. Marcello Iaia

POINTS PRINCIPAUX

  • La fatigue se fait sentir de façon temporaire pendant les périodes d’effort particulièrement intense d’une partie de soccer, d’une part, et d’autre part, en fin de partie. Ces deux types de fatigue sont liés à différents processus physiologiques.

  • Il semblerait que la fatigue temporaire soit causée par une acidification musculaire et une diminution du potentiel de la membrane au repos (dépolarisation), tandis que la fatigue en fin de partie serait plutôt due à l’épuisement des réserves en glycogène de certaines fibres musculaires (compartiments cellulaires des muscles).

  • Chez les joueurs de soccer d’élite, un entraînement aérobie d’une intensité élevée et un entraînement d’endurance de vitesse sont des stratégies efficaces pour s’entraîner à résister à la fatigue.

  • Il a été montré qu’un entraînement intense avec intermittence favorise un grand nombre de processus physiologiques liés directement ou indirectement à l’endurance et à l’exercice à intensité élevée chez les athlètes entraînés.

  • D’importantes variations sont observées d’un joueur à l’autre en ce qui concerne les exigences physiques d’une partie et la fatigue ressentie par chacun, et c’est la raison pour laquelle il est important que le programme d’entraînement physique des joueurs de soccer d’élite soit personnalisé.

INTRODUCTION

Le soccer est un sport qui exige des joueurs qu’ils fassent de nombreux sprints intermittents et fournissent un effort d’une intensité variable, allant de longues périodes d’exercice intermittent à de brèves périodes de jeu d’une grande intensité, qu’il s’agisse de courses ou d’autres jeux fulgurants (Mohr et coll., 2003). Par conséquent, une partie de soccer demande de la part du joueur une solide endurance et la capacité de fournir de façon répétitive un effort d’une intensité maximale ou quasi maximale. Cette observation a été corroborée par de nombreuses études scientifiques montrant que les métabolismes aérobie et anaérobie sont fortement sollicités au cours d’une partie de soccer (pour une synthèse, voir Bangsbo et coll., 2006a).

Il a également été montré que la forte charge exercée sur l’organisme de l’athlète entraîne différents types de fatigue pendant une partie de soccer (Mohr et coll., 2005). Par exemple, chez les joueurs de soccer de haut niveau, la fatigue survient de façon temporaire pendant les périodes d’effort particulièrement intense ainsi qu’en fin de partie, ce qui porte à croire que différents processus physiologiques peuvent être à l’origine de la fatigue (Mohr et coll., 2005; Mohr, 2008). La récupération associée à la fatigue temporaire que les joueurs ressentent au cours des périodes d’effort particulièrement intense est relativement brève, ce qui porte à croire qu’elle est liée à des réactions physiologiques à récupération rapide. Il a donc été proposé que les principaux facteurs à l’origine de ce type de fatigue étaient un important renouvellement de l’énergie anaérobie et l’accumulation subséquente du taux d’ions hydrogène (H+) et de phosphate inorganique (Pi) dans le muscle ainsi que la diminution du potentiel de la membrane au repos (dépolarisation) causée par un déséquilibre des taux de sodium (Na+), de potassium (K+) et de chlore (Cl-) dans le muscle (Bangsbo et coll., 2006a; Mohr, 2008). Au contraire, la fatigue persistante qui s’accumule surtout en deuxième mi-temps et plus particulièrement à la fin de la partie exige, quant à elle, une période de récupération de longue durée. De fait, plusieurs études ont montré que les joueurs de soccer entraînés ne retrouvaient leur capacité maximale à fournir un effort volontaire que 72 heures après une partie (Mohr et coll., 2005; Mohr 2008; Krustrup et coll., 2011). Il est donc probable que la fatigue ressentie en fin de partie et après la partie soit partiellement causée par un épuisement des réserves en glycogène musculaire, dans certaines fibres musculaires ou dans certains compartiments intracellulaires, associé à une perturbation du métabolisme du calcium (Ca2+) dans les muscles (Nielsen et coll., 2011). De plus, un nombre important de légions musculaires ayant des effets négatifs sur de nombreux processus neuromusculaires pourrait également jouer un rôle dans l’apparition de la fatigue persistante à la fin d’une partie de soccer (Mohr, 2008; Krustrup et coll., 2011).

Ainsi, le principal objectif de l’entraînement physique d’un joueur de soccer est de cibler les mécanismes physiologiques à l’origine de la fatigue et limitant la performance du joueur. Une plus grande résistance contre la fatigue permet aux joueurs de tirer profit de leurs aptitudes techniques et stratégiques pendant toute une partie et surtout pendant les périodes de jeu cruciales. Le présent article présente brièvement les fondements physiologiques de l’entraînement de résistance à la fatigue chez les joueurs de soccer d’élite. Il porte surtout sur l’entraînement d’endurance de vitesse et donne des exemples concrets d’entraînement physique adapté à chacun des joueurs de soccer.

INTERVENTIONS RELATIVES À L’ENTRAÎNEMENT AU SOCCER

Quel que soit le sport, l’entraînement physique doit tenir compte des exigences imposées aux athlètes. Dans le cas des sports d’équipe comme le soccer, les exigences physiques sont multifactorielles, ce qui représente un défi supplémentaire pour les entraîneurs et le personnel responsable de l’entraînement physique. D’un point de vue pratique, il est primordial de bien définir les différentes catégories d’entraînement physique. Ces différentes catégories doivent tenir compte des différents mécanismes physiologiques ayant un effet important sur la performance des joueurs pendant une partie de soccer. La Figure 1 énumère les différents facteurs ayant un effet sur la performance des joueurs de soccer en les associant aux différentes catégories d’entraînement physique et aux mécanismes physiologiques principalement ciblés par ces interventions lors de l’entraînement. Cette figure est tirée de Bangsbo et coll. (2006b).

 

 

Entraînement aérobie d’une intensité élevée 

L’entraînement aérobie est essentiel pour développer l’endurance des joueurs de soccer et se divise en trois catégories : l’entraînement aérobie de faible intensité, d’une intensité modérée et d’une intensité élevée (Figure 1). Les deux premiers types d’entraînement aérobie sont surtout utilisés en période de récupération et pour le maintien de la condition physique. Par exemple, la plupart des séances d’entraînement de nature technique ou stratégique imposent une charge physique qui en fait un entraînement aérobie d’une intensité modérée. Le principal objectif d’un entraînement aérobie d’une intensité élevée est d’améliorer les mécanismes physiologiques liés à la consommation, au transport et à l’utilisation de l’oxygène; ainsi, ce type d’entraînement agit sur les différents composants du système cardiovasculaire (Bangsbo et coll., 2006a; 2006b). Un entraînement aérobie est considéré comme étant d’une intensité élevée s’il est associé à une fréquence cardiaque correspondant à environ 90 % de la valeur maximale (Bangsbo et coll., 2006b) et, au soccer, il est généralement constitué de jeux à effectif réduit avec des intervalles de 1 à 4 minutes suivis de périodes de récupération de 1 minute (Bangsbo et coll., 2006b). Une étude a montré que des joueurs de soccer scandinaves bien entraînés ont augmenté leur VO2 max de façon marquée et que cette augmentation était associée à une amélioration de leur performance au jeu après l’ajout d’une période d’entraînement aérobie d’une forte intensité (Helgerud et et coll., 2001). Dans le cas d’autres sports, un entraînement aérobie d’une intensité élevée et avec intervalles chez des athlètes déjà bien entraînés a permis d’améliorer le VO2 max, le seuil ventilatoire et le seuil lactique, d’une part, et d’augmenter la capacité de solliciter un plus grand nombre de muscles et d’oxyder les glucolipides, d’autre part (pour une synthèse, voir Laursen, 2010). Plus encore, après un entraînement à la course aérobie d’une intensité élevée pendant 8 à 12 semaines, une amélioration du VO2 max (5 à 11 %) et de l’économie de course (3 à 7 %) ainsi qu’une baisse du taux sanguin de lactate ont été observées chez des joueurs de soccer lors d’une course d’une intensité sous-maximale (Iaia et coll., 2009). Ainsi, l’entraînement aérobie d’une intensité élevée s’avère très efficace pour les joueurs de soccer d’élite. Dans le cadre de certaines des études mentionnées ci-dessus, l’entraînement consistait à courir sur un tapis roulant (Helgerud et coll., 2001), un exercice qui n’est généralement pas recommandé pour les athlètes pratiquant un sport d’équipe comme le soccer, car il ne reflète pas les jeux effectués au soccer et ne tient pas compte des composantes techniques et stratégiques de ce sport. De plus, il a été largement démontré que la fréquence cardiaque des joueurs de soccer entraînés atteint des valeurs plus élevées pendant les jeux à effectif réduit et d’une intensité élevée que pendant une course avec intervalles, et que la même performance et les mêmes adaptations physiologiques peuvent être obtenues lors de jeux à effectif réduit et lors d’une course sur tapis roulant (Impellizzeri et coll., 2006). Ainsi, les exercices effectués en équipe et axés sur les aptitudes techniques et stratégiques propres au soccer constituent un entraînement aérobie d’une intensité élevée particulièrement adéquat pour les joueurs de soccer qui participent à des compétitions (voir aussi Bangsbo et coll., 2006b).

Entraînement d’endurance de vitesse

L’entraînement intensif a largement retenu l’attention au cours des 10 dernières années. Dans le cadre d’une étude rétrospective chez des nageurs d’élite, Mujika et ses collaborateurs (1995) ont révélé qu’environ 45 % des variations dans l’amélioration de la performance pendant une saison étaient dus à l’intensité de l’entraînement, tandis que le volume et la fréquence de l’entraînement avaient des effets beaucoup moins marqués. Dans le cadre d’une étude sur les joueurs de soccer évoluant en Italie, Ferrari-Bravo et ses collaborateurs (2008) ont comparé un entraînement aérobie standard d’une intensité élevée (4 x 4 minutes à une fréquence cardiaque de 90 à 95 % de la valeur maximale, entrecoupées de périodes de récupération de 3 minutes) à un entraînement d’endurance de vitesse (3 x 6 courses navettes de 40 mètres à une intensité maximale). Cette intervention a été ajoutée au programme d’entraînement habituel à raison de 2 séances par semaine pendant 7 semaines. Dans le cadre de cette étude, une amélioration de la capacité aérobie été observée dans les deux groupes. Toutefois, en comparaison avec le groupe ayant suivi un programme d’entraînement aérobie d’une intensité élevée, dans le groupe ayant eu un entraînement d’endurance de vitesse, des améliorations plus marquées ont été observées au test de récupération YoYo après efforts intermittents de niveau 1 et à la capacité d’effectuer des sprints à répétition. L’intensité de l’entraînement semble donc jouer un rôle important pour améliorer la condition physique des joueurs de soccer entraînés. Par conséquent, l’entraînement anaérobie est une composante essentielle de la préparation physique des joueurs de soccer d’élite.

L’entraînement anaérobie se subdivise en entraînement de vitesse et en entraînement d’endurance de vitesse, ce dernier étant lui-même divisé en entraînement pour développer l’endurance de vitesse et en entraînement pour maintenir l’endurance de vitesse (Bangsbo et coll., 2006b). Le Tableau 1 présente les principes de base de l’entraînement anaérobie dans le cas du soccer.

 

   

 

Si l’entraînement de vitesse doit être effectué à une intensité maximale, l’entraînement d’endurance de vitesse s’effectue quant à lui à divers degrés d’intensité, surtout quand il s’agit de maintenir l’endurance de vitesse. Mises à part les différences dans l’intensité de l’exercice lors de l’entraînement pour développer l’endurance de vitesse et de l’entraînement pour maintenir l’endurance de vitesse, ces deux types d’entraînement diffèrent beaucoup l’un de l’autre. L’entraînement pour développer l’endurance de vitesse doit être effectué selon des principes semblables à ceux de l’entraînement de vitesse, mais avec des exercices d’une intensité moins élevée et de plus longue durée, accompagnés de longues périodes de récupération entre chaque série d’exercices. L’entraînement pour maintenir l’endurance de vitesse doit quant à lui être effectué selon des principes semblables à ceux de l’entraînement aérobie d’une intensité élevée, avec des périodes de récupération relativement courtes, mais des exercices d’une intensité plus élevée. D’un point de vue pratique, les jeux standards à effectif réduit (1 contre 1, 2 contre 2 et 3 contre 3) sont particulièrement appropriés dans le cadre d’un entraînement visant à maintenir l’endurance de vitesse. Par contre, les jeux à effectif réduit ne seraient pas l’approche optimale dans le cas d’un entraînement pour développer l’endurance de vitesse, qui doit être d’une intensité très élevée pendant toute une série d’exercices. Dans le cadre d’une récente étude, un entraînement pour maintenir l’endurance de vitesse et constitué de jeux à effectif réduit (2 contre 2 avec buts et gardiens de but) a été comparé à un entraînement pour développer l’endurance de vitesse et constitué d’exercices individuels (courses avec diverses techniques de maniement du ballon; pour des exemples d’exercices, voir Bangsbo et Mohr, 2014). Cette étude a révélé que la vitesse maximale était environ 30 % plus élevée et que la vitesse moyenne était environ 60 % plus élevée au cours des exercices pour développer l’endurance de vitesse qu’au cours des exercices pour maintenir l’endurance de vitesse. De plus, après 4 semaines, la capacité d’effectuer des exercices avec intervalles et des sprints à répétition s’était davantage améliorée chez les joueurs qui avaient suivi un entraînement pour développer l’endurance de vitesse que chez les joueurs ayant suivi un entraînement pour maintenir l’endurance de vitesse (Mohr et Krustrup, données non publiées). D’autres études portant sur l’entraînement pour développer l’endurance de vitesse ont obtenu des résultats similaires chez les jeunes joueurs d’élite (Ingebrigtsen et coll., 2013) et chez les joueurs d’élite adultes (Thomassen et coll., 2010). Ingebrigtsen et ses collaborateurs (2013) ont montré une amélioration de la performance au test Yo-Yo IR2 et une meilleure capacité à effectuer des sprints sur une distance de 10 mètres après l’ajout au programme d’entraînement d’un entraînement de 4 semaines pour développer l’endurance de vitesse. Thomassen et ses collaborateurs (2010) ont quant à eux effectué une étude de 2 semaines chez des joueurs de soccer d’élite qui ont réduit de façon importante leur temps d’entraînement (réduction du temps d’entraînement d’environ 30 %) en mettant l’accent sur l’entraînement pour développer l’endurance de vitesse associé à un entraînement aérobie d’une intensité élevée. Chez ces joueurs, une amélioration marquée de la capacité à faire des sprints à répétition (10 sprints de 20 mètres) a été observée, ainsi que des adaptations musculaires caractéristiques. Par exemple, une augmentation significative de l’expression de la sous-unité α2 de la Na+/K+ ATPase et un changement dans l’état de phosphorylation de la protéine FXYD1 (sous-unité accessoire et régulatrice) au repos ont été observés après un entraînement intensif, même si le volume d’entraînement était beaucoup moins important (Thomassen et coll., 2010). Les sous-unités de la Na+/K+ ATPase s’adaptent de façon plus efficace à l’entraînement pour développer l’endurance de vitesse que l’entraînement de vitesse (Mohr et coll., 2007) ou que l’entraînement aérobie (Iaia et coll., 2009), avec des augmentations parallèles de la capacité à effectuer des exercices intermittents d’une intense activité (pour une synthèse, voir Iaia et Bangsbo, 2010). De plus, il a été montré que les sous-unités de la Na+/K+ ATPase induites par l’entraînement améliorent la régulation des ions K+ dans l’espace interstitiel et augmentent la résistance à la fatigue lors des exercices intenses et épuisants (Nielsen et coll., 2004). Par ailleurs, Thomassen et ses collaborateurs (2010) ont montré que, chez les joueurs de soccer entraînés, l’état de phosphorylation au repos de la sous-unité régulatrice de la FXYD1 peut être modifié en privilégiant l’entraînement d’endurance de vitesse pendant une courte période de temps. Cette observation est corroborée par une importante corrélation entre l’amélioration de la performance lors des sprints à répétition et le changement de l’état de phosphorylation de la sous-unité de la FYXD1 (Thomassen et coll., 2010). Il a été suggéré que cela aurait pour effet d’augmenter l’activité de la Na+/K+ ATPase au début de l’exercice, ce qui pourrait contribuer à améliorer la résistance à la fatigue pendant un effort répétitif et intense, comme pendant les périodes d’intensité maximale dont il a déjà été question et pendant lesquelles les joueurs ressentent temporairement de la fatigue. En plus des preuves scientifiques relatives à la régulation positive de l’activité de la Na+/K+ ATPase après un entraînement pour développer l’endurance de vitesse, il a aussi été montré que d’autres protéines de transport sarcolemmiques répondent à ce type d’entraînement. En effet, il a été montré que l’activation de l’échangeur Na+/H+ de type 1 (NHE1) et, de façon moins marquée, du transporteur de monocarboxylates (MCT) augmente après un entraînement d’endurance de vitesse chez des athlètes déjà entraînés (Iaia et Bangsbo, 2010). L’entraînement d’endurance de vitesse améliore donc la capacité à réguler le pH intramusculaire, ce qui pourrait améliorer de façon directe la résistance à la fatigue pendant les périodes d’une partie exigeant un effort très intense. De plus, une plus grande activité de l’échangeur Na+/H+ pourrait également augmenter l’absorption d’ions Na+ par les cellules musculaires et ainsi stimuler davantage l’activité de la Na+/K+ ATPase, et entraîner une hyperpolarisation ou une augmentation du potentiel de la membrane au repos (Iaia et Bangsbo, 2010).

Mohr et ses collaborateurs (2007) ont analysé la réponse physiologique à une séance d’entraînement standard d’endurance de vitesse qui consistait en 8 courses de 30 secondes à une intensité correspondant à environ 130 % de la VO2 max, séparées par des périodes de récupération de 150 secondes. Il a été montré que le taux sanguin de lactate et le taux plasmatique d’ions K+ atteignent des valeurs maximales respectivement supérieures à 16 mmol/L et à 6 mmol/L-1, tandis que le taux musculaire de lactate augmente et que le pH musculaire diminue nettement (Mohr et coll., 2007). Ainsi, les transporteurs ioniques de la membrane musculaire (p. ex. la Na+/K+ ATPase, le NHE1 et le MCT) sont fortement stimulés par l’entraînement d’endurance de vitesse, comme en témoignent une amélioration évidente de la résistance à la fatigue lors des exercices répétitifs d’une intensité élevée et l’augmentation concomitante de l’expression des protéines de chacun des transporteurs ioniques mentionnées ci-dessus. Le Tableau 2 donne un aperçu des changements relatifs à la performance lors des exercices d’une intensité élevée (Tableau 2A) et aux transporteurs ioniques de la membrane musculaire jouant un rôle important dans la régulation du pH intramusculaire ainsi que l’équilibre ionique (Tableau 2B) après différents types d’entraînement d’une intensité élevée comportant des éléments associés à l’endurance de vitesse.

Entraînement intensif et performance en matière d’endurance

Plusieurs études portant sur des programmes d’entraînement axés sur l’endurance de vitesse ont évalué les effets de ce type d’entraînement sur les paramètres physiologiques associés à la performance lors d’événements sportifs faisant appel à l’endurance. Des études chez des sujets modérément entraînés ont révélé une amélioration de 3 à 7 % du VO2 max (Iaia et Bangsbo, 2010) et une vitesse plus élevée au VO2 max (Esfarjani et Laursen, 2007). Dans le cadre d’une étude menée auprès de coureurs de fond bien entraînés, Bangsbo et ses collaborateurs (2009) ont montré une augmentation d’environ 3 % de la performance lors de courses de 3 km et de 10 km ainsi qu’un maintien du VO2 max et de l’activité enzymatique, tant glycolytique qu’oxydative. Toutefois, l’économie de course pendant un effort continu à des vitesses sous-maximales a augmenté de 3 % et le ratio d’échange gazeux a diminué de façon marquée pendant une course à vitesse rapide, ce qui indique une capacité d’oxydation des lipides plus élevée pendant un effort intense. Cette capacité plus élevée peut entraîner un effet d’épargne du glycogène musculaire pendant un effort intense. Cette hypothèse est corroborée par d’autres chercheurs ayant montré que la dégradation du glycogène musculaire est moins marquée après une séance d’entraînement d’endurance de vitesse (Iaia et coll., 2009). De plus, des améliorations à l’économie de course ont été observées quand le volume d’entraînement des joueurs de soccer d’élite était moins important et davantage axé sur l’endurance de vitesse pendant une courte période de temps (Christensen et coll., 2011). Il semble donc que, chez les joueurs de soccer entraînés, l’entraînement d’endurance de vitesse améliore l’efficacité mécanique pendant l’effort tout en maintenant la puissance aérobie et la capacité oxydative du muscle. Ces adaptations peuvent favoriser une augmentation de la résistance à la fatigue pendant toute la durée d’une partie et, plus particulièrement, vers la fin de la partie. D’un point de vue physiologique, un autre avantage de l’entraînement intensif chez les joueurs de soccer est de s’assurer qu’une plus grande proportion de la masse musculaire est sollicitée. Par exemple, chez des coureurs, il a été montré qu’après avoir diminué le volume et augmenté l’intensité de l’entraînement, les fibres de type IIx occupent davantage d’espace (Iaia et coll., 2009). Le type de fibres musculaires mobilisées pendant l’exercice dépend beaucoup du type d’exercice et de son intensité. Des études ont permis d’observer une baisse du taux de glycogène musculaire tant dans les fibres de type I que dans les fibres de type II, ce qui permet de conclure que tous les types de fibres musculaires sont sollicités pendant une partie de soccer (Krustrup et coll., 2006). Ainsi, un programme d’entraînement avec une composante aérobie d’une intensité élevée et une composante d’endurance de vitesse pourrait permettre d’obtenir une réponse plus homogène dans les différents types de fibres musculaires.

ENTRAÎNEMENT PERSONNALISÉ CHEZ LES JOUEURS DE SOCCER

Les sports d’équipe comme le soccer exigent la planification et la mise en place de programmes d’entraînement physique adaptés aux besoins individuels de chaque joueur. Des études portant sur l’analyse des parties ont révélé d’importantes différences d’un joueur à l’autre en ce qui concerne la distance totale parcourue, la course d’une intensité élevée (Mohr, 2008; Mohr et coll., 2003) et les caractéristiques des accélérations et des sprints (Mohr, 2008; Di Salvo et coll., 2009; Bangsbo et Mohr, 2014). La Figure 2 indique la vitesse maximale atteinte et la distance parcourue en sprint ainsi que la durée cumulative des sprints effectués pendant une partie par deux joueurs (A et B). Sans contredit, le joueur A a effectué un plus grand nombre de sprints pendant la partie, la distance parcourue pendant plusieurs de ces sprints était supérieure à 30 mètres et sa vitesse maximale a été supérieure à 30 km/h. Au contraire, le joueur B n’a effectué que quelques sprints, et la plupart n’étaient que de courtes accélérations.

 

 

Jusqu’à un certain point, ces différences sont associées à la position occupée par le joueur, mais d’importantes différences ont également été observées d’un joueur à l’autre et pour la même position de jeu (voir par exemple Bangsbo et Mohr, 2014). De plus, des variations similaires ont été observées lors de jeux à effectif réduit (Dellal et coll., 2012). Chez certains types de joueurs, aucune corrélation n’est observée entre le type de jeux d’une partie et la réponse à l’entraînement lors des jeux à effectif réduit (Mohr, données non publiées). C’est sans doute que ces joueurs ne sont pas suffisamment sollicités sur le plan physique pendant les jeux à effectif réduit pour donner ce qu’on attend d’eux pendant une partie. Chez les joueurs de soccer de haut niveau, l’entraînement physique devrait donc être adapté aux besoins individuels de chacun. Certaines équipes de haut niveau ont inclus un entraînement physique personnalisé dans leur programme d’entraînement. La Figure 3 donne l’exemple d’une série d’exercices visant à développer l’endurance de vitesse chez les joueurs d’une équipe de haut niveau. La série d’exercices a été conçue pour un attaquant de haut niveau après une analyse détaillée des jeux effectués par le joueur pendant une partie, y compris les jeux techniques importants considérés comme étant des indicateurs de performance pour ce joueur en particulier. Dans le cadre de cette série d’exercices, le joueur effectue de brèves accélérations (environ 5 mètres), de brusques changements de direction et de longs sprints (environ 30 mètres) qui ressemblent aux courses que le joueur effectue pendant les moments importants d’une partie (Figure 3). Le joueur devait effectuer un certain nombre de jeux techniques, dont trois tirs au but (Figure 3). Il s’agit de situations similaires à celles auxquelles le joueur fait face pendant une partie, qui sont toutes effectuées à une vitesse élevée et pendant que le joueur est soumis a un stress physique.

 

La série d’exercices présentée ci-dessus a été conçue pour être effectuée à une intensité très élevée pour répondre aux exigences d’un entraînement pour développer l’endurance de vitesse. La vitesse de la course est ajustée en fonction des vitesses maximales atteintes pendant une partie, selon les données de l’analyse de la partie, et peut être évaluée pendant la série d’exercices, notamment grâce à la technologie GPS en temps réel. Finalement, les jeux techniques effectués pendant une partie de soccer font partie des indicateurs de performance clés de chaque joueur et ils sont établis en partie par l’entraîneur et en partie après une analyse détaillée des reprises vidéo. D’un point de vue physiologique, le joueur sollicite des mécanismes associés à la résistance à la fatigue pendant des périodes d’effort maximal au cours d’une partie, tandis que d’un point de vue technique, la performance du joueur dépend de ses principales aptitudes techniques dans des conditions exigeantes sur le plan physique. Sur le plan de la motivation et de l’éducation, ce type d’entraînement a l’avantage de permettre au joueur de prendre conscience de ses besoins particuliers pour répondre aux exigences son développement sur le plan physique et du jeu.

RÉSUMÉ

En résumé, comme l’ont montré des études, jouer au soccer est très exigeant et sollicite en grande partie les métabolismes aérobie et anaérobie du joueur, ce qui provoque une fatigue pendant et à la fin d’une partie. Par conséquent, le principal objectif de l’entraînement d’un joueur de soccer est d’améliorer les mécanismes physiologiques associés à la résistance à la fatigue pendant une partie. Il a été suggéré que l’entraînement aérobie d’une intensité élevée et l’entraînement d’endurance de vitesse seraient les principales composantes d’un entraînement de résistance à la fatigue chez les joueurs de soccer, et il a été montré que ces deux types d’entraînement sollicitent de nombreux mécanismes physiologiques associés à une meilleure résistance à la fatigue chez les joueurs de soccer. Finalement, en ce qui concerne les exigences sur les plans physique et technique, il y a d’importantes variations d’un joueur à l’autre et d’une équipe à l’autre. Il a donc été proposé qu’un entraînement physique personnalisé fasse partie du programme d’entraînement des joueurs de soccer d’élite.

DÉDICACE

Le présent article est dédié à la mémoire de Nick Broad, notre regretté collègue et ami.

RÉFÉRENCES 

Bangsbo, J., Mohr, M., and Krustrup, P. (2006a). Physical and metabolic demands of training and match-play in the elite football player. J. Sports Sci. 24:665-674.

Bangsbo, J., Mohr, M., Poulsen, A., Perez-Gomoz, J., and Krustrup, P. (2006b). Training and testing the elite athlete. J. Exerc. Sci. Fit. 1:1-14.

Bangsbo, J., Gunnarsson, T.P., Wendell, J., Nybo, L., Thomassen, M. (2009). Reduced volume and increased training intensity elevates Na+-K+ pump α2-subunit expression as well as short- and long-term work capacity in humans. J. Appl. Physiol. 107:1771-1780.

Bangsbo. J. Physiological Demands of Football. (2014a) Sports Science Exchange. Vol. 27, No. 125, 1-6.

Bangsbo, J., and Mohr, M. (2014b). Individual Training in Football. Bangsbosport, Denmark ISBN 9788799488025.

Christensen, P.M., Krustrup, P., Gunnarsson, T.P., Kiilerich, K., Nybo, L., and Bangsbo, J. (2011). VO2 kinetics and performance in soccer players after intense training and inactivity. Med. Sci. Sports Exerc. 43:1716-1724.

Dellal, A., Drust, B., and Lago-Penas, C. (2012). Variation of activity demands in small-sided soccer games. Int. J. Sports Med. 33:370-375. 

Di Salvo, V., Gregson, W., Atkinson, G., Tordoff, P., and Drust, B. (2009). Analysis of high intensity activity in Premier League soccer. Int. J. Sports Med. 30:205-212.

Esfarjani, F. and Laursen, P.B. (2007). Manipulating high-intensity interval training: effects on VO2max, the lactate threshold and 3000 m running performance in moderately training males. J. Sci. Med. Sport. 10:27-35.

Ferrari-Bravo, D., Impellizzeri, F.M., Rampinini, E., Castagna, C., Bishop, D., and Wisloff, U. (2008). Sprint vs. interval training in football. Int. J. Sports Med. 29:668-674.

Helgerud, J., Engen, L.C., Wisloff, U., and Hoff, J. (2001). Aerobic endurance training improves soccer performance. Med. Sci. Sport Exerc. 33:1925-1931.

Iaia, F.M., Hellsten, Y., Nielsen, J.J., Fernström, M., Sahlin, K., and Bangsbo, J. (2009). Four weeks of speed endurance training reduces energy expenditure during exercise and maintains muscle oxidative capacity despite a reduction in training volume. J. Appl. Physiol. 106:73-80.

Iaia, F.M., and Bangsbo, J. (2010). Speed endurance training is a powerful stimulus for physiological adaptations and performance improvements of athletes. Scand. J. Med. Sci. Sports. 20:11-23.

Impellizzeri, F.M., Marcora, S.M., Castagna, C., Reilly, T.P., Sassi, A., Iaia, F.M., and Rampinini, E. (2006). Physiological and performance effects of generic versus specific aerobic training in soccer players. Int. J. Sport Med. 27:483-492.

Ingebrigtsen, J., Shalfawi, S.A., Tønnessen, E., Krustrup, P., and Holtermann, A. (2013). Performance effects of 6 weeks of anaerobic production training in junior elite soccer players. J. Strength Cond. Res. 27:1861-1867.

Krustrup, P., Mohr, M., Steensberg, A., Bencke, J., Kjaer, M., and Bangsbo, J. (2006). Muscle and blood metabolites during a soccer game: implications for sprint performance. Med. Sci. Sports Exerc. 38:1165-1174.

Krustrup, P., Ortenblad, N., Nielsen, J., Nybo, L., Gunnarsson, T.P., Iaia, F.M., Madsen, K., Stephens, F., Greenhaff, P., and Bangsbo. J. (2011). Maximal voluntary contraction force, SR function and glycogen resynthesis during the first 72 h after a high-level competitive soccer game. Eur. J. Appl. Physiol. 111:2987-2995.

Laursen, P.B. (2010). Training for intense exercise performance: high-intensity or high-volume training? Scand. J. Med. Sci. Sports. Suppl. 2:1-10.

Mohr, M., Krustrup, P., and Bangsbo, J. (2003). Match performance of high-standard soccer players with special reference to development of fatigue. J. Sports Sci. 21:519-528.

Mohr, M., Krustrup, P., and Bangsbo, J. (2005). Fatigue in soccer: A brief review. J. Sport Sci. 23:593-99.

Mohr, M., Krustrup P., Nielsen J.J, Nybo L., Rasmussen M.K., Juel C., and Bangsbo J. (2007). Effect of two different intense training regimes on skeletal muscle ion transport systems and fatigue development.  Am. J. Physiol. Reg. Intergr. Comp. Physiol. 292:R1594-R1602.

Mohr. M. (2008). Fatigue development in soccer with reference to intense intermittent exercise. Copenhagen, Denmark, ISBN 9878791771163.

Mujika, I., Chatard, J.C., Busso, T., Geyssant, A., Barala, F., and Lacoste, L. (1995). Effects of training on performance in competitive swimming. Can. J. Appl. Physiol. 20:395-406.

Nielsen, J.J., Mohr, M., Klarskov, C., Juel, C., and Bangsbo, J. (2004). Effect of high-intensity intermittent training on potassium kinetics and performance in humans. J. Physiol. 554:857-870.

Nielsen, J., Krustrup, P., Nybo, L., Gunnarsson, T.P., Madsen, K., Schrøder, H.D., Bangsbo, J., and Ortenblad, N. (2011). Skeletal muscle glycogen content and particle size of distinct subcellular localizations in the recovery period after a high-level soccer match. Eur. J. Appl. Physiol. 112:3559-3567.

Rampinini, E., Impellizzeri, F. M., Castagna, C., Coutts, A. J., and Wisloff, U. (2009). Technical performance during soccer matches of the Italian Serie A league: effect of fatigue and competitive level. J. Sci. Med. Sport. 12:227-33.

Thomassen, M., Christensen, P.M., Gunnarsson, T.P., Nybo, L., & Bangsbo, J. (2010). Effect of 2-wk intensified training and inactivity on muscle Na+-K+ pump expression, phospholemman (FXYD1) phosphorylation, and performance in soccer players. J. Appl. Physiol. 108:898-905.

WEB3