SSE #86: Le coup de chaleur chez les sportifs : causes, prévention et traitement

E. Randy Eichner, M.D.

Sports Science Exchange 86

VOLUME 15 (2002) NUMÉRO 3

LE COUP DE CHALEUR CHEZ LES SPORTIFS : CAUSES, PRÉVENTION ET TRAITEMENT

E. Randy Eichner, M.D.
Professeur de médecine
Équipe de médecine interne, Oklahoma Sooners
Département de médecine
University of Oklahoma Health Sciences Center
Oklahoma City, Oklahoma

POINTS IMPORTANTS

  • Les sports d'été, surtout le football et la course, comportent toujours des risques de coup de chaleur.
  • En général, le coup de chaleur est provoqué par une combinaison de plusieurs éléments, dont une chaleur intense, un exercice exténuant, des vêtements qui limitent l'évaporation de la sueur, une mauvaise adaptation à la chaleur, d'une masse corporelle trop élevée et une mauvaise condition physique.
  • Reconnaître les signes avant-coureurs et traiter rapidement le coup de chaleur peuvent sauver la vie.
  • L'acclimatation, l'hydratation, la cadence, le refroidissement et la vigilance permettent de prévenir le coup de chaleur.
  • Le coup de chaleur est ce qu'on appelle une urgence médicale. La formule qui sauve des vies est donc : refroidir d'abord, transporter ensuite.

INTRODUCTION

Le football pratiqué en été est synonyme d'entraînements éreintants sous une chaleur accablante. Les jours de la canicule, les joueurs de football ont fréquemment de légers malaises dus à la chaleur, et le coup de chaleur représente toujours pour eux une menace (Knochel, 1975). Depuis 1995, trois joueurs en moyenne décèdent chaque année des suites d'un coup de chaleur. Le coup de chaleur menace aussi les coureurs et d'autres types d'athlètes. En 2001, au marathon de Chicago, un jeune homme dont c'était le premier marathon s'est écroulé à 41,8 km (26 miles) en raison d'un coup de chaleur et en est mort peu après.

Les malaises dus à la chaleur peuvent progresser rapidement chez les joueurs de football et les coureurs, et les signes avant-coureurs du coup de chaleur peuvent être subtils. Il n'en reste pas moins qu'un diagnostic précoce et un traitement approprié peuvent sauver des vies; ainsi, le coup de chaleur dû à l'exercice devrait pouvoir être évité. Cet article présente les causes du coup de chaleur chez les sportifs et offre des conseils pour le reconnaître, le prévenir et le traiter.

BILAN DE LA RECHERCHE
Les causes du coup de chaleur
Trop de motivation

La température interne des athlètes très motivés qui se poussent trop et trop rapidement ou qui supportent ce malaise pendant trop longtemps peut monter très haut. Lors d'une course par temps chaud, un coureur australien en mauvaise condition physique a accéléré la cadence pour devancer le peloton et a continué ainsi jusqu'à ce qu'il s'effondre à 7,2 km (4,5 milles) en raison d'un coup de chaleur (Lee et coll., 1990). Un coureur novice qui a accéléré la cadence à la fin d'une course de 9,6 km (6 milles) par temps doux a connu le même sort (Hanson et coll., 1979). Les deux coureurs ont été chanceux de s'en sortir; lors des courses de fond, la vitesse et le taux métabolique influencent la température rectale (Noakes et coll., 1991).

Les Jeux olympiques de 1984 à Los Angeles et le triathlon de l'Ironman d'Hawaï en 1995 ont donné lieu à de pénibles scènes d'endurance. À Los Angeles, la marathonienne Gabriela Andersen-Scheiss qui n'était pas habituée à la chaleur est entrée étourdie et chancelante dans le stade. Pendant le dernier tour qui lui semblait interminable, elle a ignoré l'aide qui lui était offerte et s'est écroulée à la ligne d'arrivée. À Hawaï, voyant qu'elle perdait son avance, Paula Newby-Fraser, sept fois championne, ne s'est pas arrêtée aux points d'eau et s'est écroulée à l'approche de la ligne d'arrivée. Après s'être reposée, refroidie et hydratée, elle a pu marcher jusqu'à la ligne d'arrivée (Eichner, 1998).

Des cas semblables ont été signalés dans l'armée. Un soldat est mort d'un coup de chaleur après avoir marché de nuit en portant un poids excessif. Il n'avait parcouru que 4 km (2,5 milles) (Assia et coll., 1985). Courir génère deux fois plus de chaleur que marcher. Sur les 82 cas de coup de chaleur chez des soldats israéliens, 40 % étaient dus à un court exercice, comme les 4,8 premiers kilomètres (3 milles) d'une course. Être trop motivé est un facteur de risque (Epstein et coll., 1999).

Le footballeur a une mentalité de guerrier. Les victimes de coups de chaleur sont décrites comme des personnes qui travaillent « le plus fort » ou qui sont déterminées à se « dépasser ». Lors d'une séance d'entraînement exigeante par temps chaud, l'idée qu'il ne faut pas lâcher peut nuire au joueur.

La combinaison une-deux

Au football, la plupart des décès causés par coup de chaleur surviennent la première ou la seconde journée d'un stage d'entraînement de deux jours. La même combinaison une-deux se voit aussi dans l'armée. Lors d'une analyse des 1 454 cas de malaises causés par la chaleur chez les recrues de la Marine, les chercheurs ont constaté que les sujets avaient subi un stress thermique le jour précédent (Kark et coll., 1996). Ainsi, un coup de chaleur survient le plus souvent le lendemain d'un jour de chaleur épuisant et déshydratant.

La chaleur et l'humidité

Dans le cas des sports d'été, ce n'est pas tant la chaleur que la chaleur et l'humidité qui sont problématiques. Au football, la température du corps augmente, en dents de scie, et plus la séance dure longtemps, plus la température du corps augmente. Donc, lors d'une séance d'entraînement intense avec l'équipement complet, un coup de chaleur peut survenir quand la température ambiante est supérieure à 26,7 °C (80 °F) et l'humidité relative, supérieure à 40 % (Kulka et Kenney, 2002).

La non-acclimatation

Il faut du temps pour s'habituer à la chaleur lors des entraînements. Une mauvaise acclimatation est un facteur important de coup de chaleur au football. Les triathlètes non habitués à la chaleur tropicale d'Hawaï souffrent aussi. L'acclimatation, qui prend d'une à deux semaines, permet d'adopter de bonnes techniques d'hydratation et au corps de retenir l'eau et le sel, augmentant ainsi le volume sanguin afin que le cœur puisse pomper une plus grande quantité de sang à une fréquence cardiaque moins élevée que la normale. Les athlètes acclimatés à la chaleur transpirent plus tôt, plus abondamment et sur une plus grande partie du corps, ce qui leur permet d'avoir moins chaud.

La déshydratation

Quand il fait chaud, les athlètes peuvent éliminer de 1 à 2 litres de sueur à l'heure, et la plupart boivent moins de liquide qu'ils en éliminent par sudation, ce qui entraîne une déshydratation. Une déshydratation entraînant une perte aussi faible que 2 % du poids corporel, soit seulement 2,3 kg (5 lb) pour un secondeur de 113,4 kg (250 lb), peut nuire à la performance physique (Walsh et coll., 1994). La déshydratation augmente la fréquence cardiaque et diminue le débit cardiaque. La perception d'épuisement augmente, car la déshydratation affaiblit l'acuité mentale et la volonté, en plus d'amoindrir la force musculaire et l'endurance. La température des athlètes déshydratés augmente plus rapidement (Latzka et Montain, 1999).

Le désavantage de l'uniforme

Au football, l'uniforme isole les joueurs. Plus ils portent de pièces d'équipement, du pantalon et du chandail à l'équipement complet, en passant par les protections et le casque, plus ils ont chaud rapidement, plus leur température monte et plus leur refroidissement est lent (Kulka et Kenney, 2002). Les coureurs devraient aussi éviter les vêtements imperméables à la vapeur d'eau, qui empêchent la sueur de s'évaporer. En 1999, pour perdre du poids, l'acteur Martin Lawrence a fait du jogging à 37,8 °C (100 °F) vêtu de vêtements épais et d'un chapeau de laine. Il s'est écroulé avec une température de 41,7 °C (107 °F) et a passé trois jours dans le coma.

Le coup de chaleur et la masse corporelle

Les athlètes qui font de l'embonpoint risquent d'être victimes d'un coup de chaleur. L'excédent de graisse représente un poids supplémentaire, qui augmente la production de chaleur à l'effort. La Ligue nationale de football compte presque 300 joueurs de 136 kg (300 lb) ou plus, soit six fois plus qu'il y a une dizaine d'années. Mais l'excédent de graisse n'est pas le plus gros problème. Quand les 122 kg (270 lb) d'un joueur comptent 13,6 kg (30 lb) de muscles, son corps peut générer plus de chaleur, sans que la surface permettant d'évacuer cette chaleur excédentaire augmente. Les joueurs de ligne baraqués peuvent donc être de véritables bombes de chaleur.

La condition physique qui protège

La condition physique, et tout particulièrement la capacité aérobie, confère certains des mêmes avantages physiologiques que l'acclimatation à la chaleur (Latzka et Montain, 1999). Elle permet aussi de rendre l'entraînement moins éprouvant. Les joueurs de football qui se présentent en forme à l'entraînement risquent moins d'être victimes d'un coup de chaleur.

En revanche, une mauvaise condition physique augmente le risque de malaises causés par la chaleur. Dans une étude portant sur 391 cas de malaises causés par la chaleur chez des recrues de la Marine, le temps nécessaire pour courir 2,4 km (1,5 mille) et l'indice de masse corporelle ont permis d'évaluer les risques. Une recrue (dont l'indice de masse corporelle est supérieur à 22) incapable de courir 2,4 km (1,5 mille) en 12 minutes risque huit fois plus d'être victime d'un malaise causé par la chaleur lors de l'entraînement de base qu'une recrue dont la masse corporelle est plus faible et qui court plus rapidement (Gardner et coll., 1996).

Les suppléments

Étant donné que les stimulants accélèrent l'accumulation de chaleur, les produits qui permettent aux joueurs d'aller plus vite augmentent aussi leur température. L'amphétamine et la cocaïne sont les plus dangereuses, mais l'éphédra plus encore. De nombreux suppléments alimentaires vantent les vertus de l'éphédra pour perdre du poids ou obtenir rapidement de l'énergie. Mais cette plante présente de nombreux risques pour la santé, dont le coup de chaleur. Les médicaments qui réduisent la transpiration, comme certains antihistaminiques, antispasmodiques ou antidépresseurs, augmentent le risque de coup de chaleur.

Reconnaître un coup de chaleur
Au-delà de l'hydratation.

Au football, le coup de chaleur semble parfois survenir à une rapidité étonnante. Quand c'est le cas, le personnel perplexe se dit très fréquemment : « Mais il a beaucoup bu! ». Penser qu'être bien hydraté permet d'éviter le coup de chaleur est se tromper. En fait, l'hydratation est essentielle, mais pas suffisante pour prévenir le coup de chaleur. Il ne faut pas seulement accorder de l'importance aux liquides, mais il faut aussi penser « au-delà de l'hydratation ». Tous les facteurs décrits ci-dessus peuvent se combiner et causer un coup de chaleur.

Comparé aux autres causes habituelles d'écroulement au football - un trauma, une maladie du cœur, de l'asthme, des caillots soudains associés au trait drépanocytaire (crise dépranocytaire) -, le coup de chaleur évolue souvent lentement, et l'observateur vigilant peut en détecter ses signes avant-coureurs afin d'éviter le pire. Lors des entraînements exigeants par temps chaud, les joueurs risquent toujours d'être victimes d'un coupe de chaleur, surtout les joueurs costauds portant tout leur équipement.

Les signes avant-coureurs.

L'irritabilité, la confusion, l'apathie, l'agressivité, l'instabilité affective ou un comportement irrationnel font partie des signes permettant de prévoir un coup de chaleur. L'entraîneur peut être la première personne à s'apercevoir qu'un joueur, dont la température interne a augmenté, ne pense plus clairement. Des vertiges, une fatigue excessive et des vomissements peuvent aussi faire partie des signes avant-coureurs. Des frissons paradoxaux et la chair de poule indiquent un arrêt de la circulation sanguine de la peau; ils annoncent une hausse plus rapide de la température. Le joueur peut souffrir d'hyperventilation (et haleter comme un chien le fait) pour évacuer de la chaleur, ce qui peut entraîner des fourmillements dans les doigts, prélude à l'écroulement. Un manque de coordination et tituber - courir comme une marionnette retenue par des ficelles - sont des signes tardifs qui seront suivis par un écroulement accompagné d'une crise d'épilepsie ou d'un coma. Lors de l'écroulement, la température corporelle peut atteindre 42,2 °C (108 °F) ou plus, comme c'est le cas pour les trois joueurs de football qui sont décédés en 2001.

Prévenir le coup de chaleur
Rester frais est préférable.

Plus la température des athlètes reste basse, meilleur est leur jeu. Dans la pratique des sports d'équipe, il est important de prendre de nombreuses pauses rafraîchissantes. Il faut procurer de l'ombre, de l'eau glacée et des ventilateurs brumisateurs lors des pauses des joueurs. Quand la température monte, diminuer le rythme et la durée de l'entraînement, et augmenter le nombre de pauses. Les joueurs pourraient s'immerger dans des baignoires d'eau froide après l'entraînement. Les entraînements devraient se dérouler plus tôt ou plus tard dans la journée et être séparés par plus de temps pour leur permettre de se reposer, de récupérer et de se rafraîchir.

Voici quelques conseils pour se prémunir contre les coups de chaleur lors des courses sur asphalte chaud : rester hydraté, courir en étant à l'aise, éviter les longs sprints, écouter son corps et demander rapidement de l'aide en cas de malaise. La confusion peut altérer l'autodiagnostic; les préposés aux soins peuvent dont aider. Les coureurs en crise peuvent devenir agressifs et refuser de s'arrêter jusqu'à ce qu'ils s'écroulent. Ignorant la situation, la foule peut encourager les athlètes qui souffrent, en scandant par exemple « Lâche pas, tu peux y arriver ». Les préposés aux soins peuvent reconnaître certains signes avant-coureurs : l'incohérence, un comportement irrationnel ou bizarre ou une faible compétitivité (Eichner, 1998).

Boire avec modération

L'hydratation aide à prévenir le coup de chaleur, mais boire une quantité de liquide supérieure à la perte de transpiration n'offre aucun avantage. De même, il n'est pas nécessaire de se surhydrater la veille ou quelques heures avant une longue course ou un entraînement. Enseigner aux athlètes à boire en fonction de leurs besoins. Leur demander de se peser avant et après un entraînement, et leur apprendre à ajuster leur apport en liquide afin de minimiser la perte de poids. En cas de perte de poids, il est essentiel de se réhydrater après l'activité; boire de 0,5 L à 0,7 L (20 à 24 onces) de liquide pour chaque 450 g (1 lb) perdu. Aussi, manger des aliments à forte teneur en eau (fruits et légumes). Les boissons énergétiques sont préférables à l'eau, car elles contiennent du sucre pour donner de l'énergie aux muscles et au cerveau, des saveurs qui invitent à boire, et du sodium pour retenir les fluides dans le corps et aider à remplacer les pertes d'eau par sudation.

Bien se préparer.

La chaleur peut déranger même les joueurs en bonne condition physique et hydratés. Une semaine ou deux d'activité physique modérée sous la chaleur, comme des séances de 30 à 45 minutes de jogging par jour, peut enclencher le processus d'acclimatation à la chaleur. Les athlètes ne devraient jamais passer d'une vie sédentaire dans un endroit climatisé à un camp d'entraînement estival très exigeant.

Surveiller les joueurs costauds.

Au football, il faut surveiller les joueurs qui présentent plus de risques d'être victimes d'un coup de chaleur. Détecter les signes subtils de déclin physique ou cognitif. Les premiers jours, une perte de poids correspond à une perte de liquide, pas à une perte de graisse. Les vertiges et la chute de la pression artérielle en position debout indiquent une perte de liquide et de sodium. L'urine devrait ressembler à de la limonade, pas à du jus de pomme. Se peser avant et après une séance d'entraînement. Le matin, avant que le joueur n'aille sur le terrain, son poids devrait avoir augmenté, près des valeurs de base, et sa température corporelle devrait être normale. En cas de doute, ne pas le laisser s'entraîner.

Préoccupations relatives à l'uniforme.

Par temps chaud, il faut limiter l'équipement au football. Lors des périodes d'entraînement estivales, s'équiper par étapes : un short et un T-shirt les deux premiers jours, puis ajouter le casque, les épaulières et le maillot et, pour terminer, porter l'uniforme au complet. Retirer le casque et les épaulières lors des courses de mise en forme. Les boxeurs et les lutteurs ne devraient pas courir dans des tenues en plastique pour perdre du poids.

Aller à l'encontre de l'esprit sportif.

Certains joueurs de football sont poussés par l'orgueil et par des entraîneurs intransigeants. Ils pensent qu'il n'y a pas de limites. Ils ignorent les signes avant-coureurs. Ne jamais laisser le guerrier en soi prendre les décisions. Certains coureurs font aussi preuve d'une intrépidité inquiétante. Il se peut que coureur mort d'un coup de chaleur au marathon de Chicago ait accéléré le rythme pour suivre son frère. Le coup de chaleur est rare chez les athlètes féminines. Chez les Marines, même si les taux de crises sont les mêmes chez les deux sexes, les malaises liés à la chaleur sont moins graves chez les femmes (Kark et coll., 1996). Ces tendances associées au sexe soulèvent des questions de biologie et de comportement.

S'entraîner, ne pas s'épuiser.

Commencer doucement. Pour leur sécurité, les athlètes ne peuvent commencer à toute allure sous une chaleur étouffante. En plus de risquer une hémorragie massive, faire un effort considérable par temps extrêmement chaud sollicite énormément le système cardiovasculaire. Le rythme et la durée devraient commencer lentement et augmenter progressivement. Ne pas se pousser à bout la première journée.

Comportement hors terrain.

Le comportement adopté à l'extérieur du terrain compte aussi. Les athlètes qui dorment mal ou qui sont malades, particulièrement s'ils vomissent, ont une diarrhée ou font de la fièvre, risquent davantage le coup de chaleur. Il en va de même pour ceux qui prennent des diurétiques ou de l'alcool. Faire attention à tous les médicaments.

Se rafraîchir à l'avance?

Se rafraîchir avant un entraînement peut s'avérer bénéfique pour les joueurs de ligne et autres athlètes risquant d'être victimes d'un coup de chaleur. Prendre un bain d'eau froide pendant une demi-heure réduit la température interne et le risque de coup de chaleur. Se rafraîchir à l'avance imite la nature : après une semaine d'exercice quotidien dans la chaleur, la température de base est réduite de 0,5 °C (0,9 °F) (Buono et coll., 1998). Cette technique permettrait aussi d'améliorer la course ou une séance de cyclisme par temps chaud (Booth et coll., 1997; Gonzalez-Alonzo et coll., 1999). Utiliser des serviettes froides ou asperger son visage, sa tête et son cou d'eau fraîche aide d'un point de vue psychologique, mais pas physiologique.

Traitement du coup de chaleur
Une urgence médicale.

En cas de coup de chaleur, chaque minute compte. Quand la température interne est très élevée, les cellules de l'organisme et du cerveau commencent à mourir; il est donc vital de refroidir rapidement la victime. Les premières caractéristiques du coup de chaleur sont des changements subtils au niveau du système nerveux central, soit une altération des facultés cognitives et comportementales ainsi qu'une température interne supérieure à 40 à 40,6 °C (104 à 105 °F ). Quand un athlète s'écroule, prendre sa température rectale est le meilleur moyen de mesurer sa température interne. La température obtenue de façon orale, axillaire ou tympanique ne pas aussi précise. L'écroulement accompagné d'une peau humide, d'une température interne supérieure à 41,1 à 41,7 °C (106 à 107 °F) et de changements importants au niveau du système nerveux central - délire, stupeur, crise d'épilepsie ou coma - sont signes d'un état avancé de coup de chaleur (Roberts, 1998).

D'abord, rafraîchir la victime.

Le traitement sur le terrain consiste à refroidir rapidement la victime. Le moyen le plus rapide consiste à mettre l'athlète dans un contenant d'eau glacée. Submerger le tronc, des épaules aux hanches. D'après les recherches, il semble que l'immersion dans l'eau glacée refroidit deux fois plus rapidement que l'air si une personne est enveloppée dans des serviettes humides (Armstrong et coll., 1996). Les Marines utilisent aussi le refroidissement par l'eau glacée (Kark et coll., 1996). D'après une étude récente sur le terrain effectuée auprès de coureurs volontaires, il semble que de l'eau froide peut refroidir tout aussi rapidement que l'eau glacée (Clements et coll., 2002).

Surveiller la victime de près.

Vérifier la température rectale, l'état du système nerveux central et les signes vitaux de l'athlète à intervalles réguliers. Un thermomètre avec sonde rectale à demeure est utile. Afin de ne pas trop refroidir l'athlète, le retirer du bain quand sa température rectale atteint 38,9 °C (102 °F). La température de l'athlète peut passer de 42,2 à 43,3 °C (108 à 110 °F) à 38,9 °C (102 °F) en 15 à 30 minutes (Roberts, 1998).

Ensuite, transporter la victime.

Refroidir d'abord, transporter ensuite. Après avoir refroidi l'athlète victime de coup de chaleur, l'emmener à l'hôpital. Avec un refroidissement rapide, le taux de survie frise les 100 % (Kark et coll., 1996). En fait, un refroidissement rapide peut permettre aux athlètes de repartir en bonne santé. Par exemple, chaque année lors du Falmouth Road Race, jusqu'à 10 à 15 coureurs s'écroulent avec des températures de 41,1 à 43,3 °C (106 à 110 °F), mais sur une période de dix ans, presque tous ont pu repartir après avoir été immergés dans de l'eau glacée. Après le refroidissement, les coureurs restent en observation pendant 20 à 60 minutes pour s'assurer qu'ils boivent suffisamment et que leurs signes vitaux et leurs facultés cognitives soient redevenus normaux (Roberts, 1998).

Récupération.

Il faudrait obtenir plus de données sur la récupération. Selon des données empiriques, la plupart des coureurs refroidis sur place recommencent à courir après quelques semaines. Certaines études avancent que des victimes d'un coup de chaleur développent une intolérance brève ou durable à la chaleur, mais on ne sait pas si cette intolérance est innée ou due au coup de chaleur (Shapiro et coll., 1979). D'autres études suggèrent que 90 % des victimes d'un coup de chaleur retrouvent une tolérance normale à la chaleur dans les deux mois qui suivent (Armstrong et coll., 1990). Un suivi à long terme de 922 cas de malaises liés à la chaleur chez des recrues de la Marine est encourageant, indiquant que moins de 1 % d'entre eux souffrent par la suite de graves malaises liés à la chaleur par année (Phinney et coll., 2001). Il est probable que la plupart des athlètes victimes d'un coup de chaleur qui ont été soignés rapidement et qui savent comment le prévenir peuvent recommencer à pratiquer leur sport de façon sécuritaire dans les semaines qui suivent.

RÉSUMÉ

Plusieurs facteurs environnementaux et personnels contribuent au coup de chaleur Les signes précurseurs du coup de chaleur peuvent comprendre une irritabilité, une confusion, une apathie, une agressivité, une instabilité affective, un comportement irrationnel, des vertiges, une fatigue excessive, des frissons, la chair de poule et des vomissements. Des conseils pratiques pour prévenir et traiter le coup de chaleur dans la pratique des sports ont été rappelés, la formule étant : refroidir d'abord, transporter ensuite. Les études sur la récupération sont rares, mais il semble que la plupart des athlètes victimes de coup de chaleur qui sont soignés rapidement peuvent recommencer à pratiquer leur sport en sécurité.

REFERENCES

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VOLUME 15 (2002) NUMBER 3 SUPPLEMENT

Sports Science Exchange 86

HEAT STROKE IN SPORTS: HOW TO PROTECT YOURSELF AND HELP YOUR TEAMMATES

Heat stroke is always a risk in any sport when it’s warm, especially in football and in distance running such as the 10-k race. In football, the uniform insulates the player and increases the risk of heat stroke. Heat stroke is possible any time the air temperature is above 80 degrees F and the relative humidity is above 40%. Here are some tips that will help you protect yourself and help your teammates:

  • Improving your physical fitness and adjusting your body to the heat over several days lower your risk of heat stroke. Don’t jump from an easy, air-conditioned life into a summer athletic camp like football two-a-days.
  • Get fit first, and adjust to the heat for a week or two before formal practices begin by jogging 30-45 minutes a day in the heat in shorts and T-shirt. Be prepared.
  • The highest risk for heat stroke occurs in the first few days of training in hot weather. The largest and fattest athletes are the most heat-sensitive.
  • On the field, read your body, don’t defy Mother Nature, and never ignore early warning signs of illness. Train, don’t strain. Don’t drive yourself halfway to heaven to make the team.
  • Take full advantage of every rest break. In football, seek shade, take your helmet off, and get in front of a misting fan. Sit in a cold tub right after practice. The cooler you stay, the better you play.
  • Off the field, never skip meals, get plenty of fluids and salt, avoid alcohol, stay cool when you can, and get plenty of sleep.
  • Heat stroke is a medical emergency. Early recognition and proper treatment can save lives.
  • You may be the first to notice early signs of heat stroke in a teammate or running buddy. If so, pull him out, cool him down, and get help fast. When in doubt, cool first and transport to the hospital second.
  • Other tips on what to do and what to watch for to avoid heat stroke in sports are listed in the tables.

TABLE S1.
WHAT TO DO TO AVOID HEAT STROKE.

Come to the first practice physically fit and heat-fit

Report fever or illness to the athletic trainer

Show all your medicines to the trainer

Avoid stimulants like ephedra

Stay hydrated

Favor sports drinks over plain water

Watch urine: Should be plentiful and pale

Watch weight: Early weight loss is fluid loss

After a workout, drink 1 1/2 pints of fluid for every pound of weight lost

Dizziness on standing up is caused by fluid and salt loss

TABLE S2.
WHAT TO WATCH FOR: SIGNS OF HEAT STROKE

Fuzzy thinking

  • Can’t follow the plays
  • Seems confused
  • Suddenly forgetful
  • Runs the wrong way

Bizarre behavior

  • Talks nonsense
  • Blank stare
  • Laughs or cries at wrong time
  • Yells in rage at coach or peers
  • Wants to fight for no good reason

Physical decline

  • Begins to lose coordination
  • Sudden or unusual fatigue
  • Nausea and vomiting
  • Chills and goose bumps
  • Overbreathing, tingly fingers
  • Wobbles or staggers, collapses
  • Seizure or coma

For additional information: In the U.S.A. and Canada: 1-800-616-GSSI (4774) Outside the U.S.A.: 847-967-6092

www.gssiweb.com

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